MATHIEU BEAUD

2017 Iconographie et scénographie urbaine : « culture visuelle » et « religion civique » à Vérone au XIIe siècle Nationalité: France
Catégorie: Histoire de l’art médiéval
Présentation du projet

Ce projet porte sur un type de portail d’église particulier, le protiro, à savoir un portail distyle sur animaux stylophores abrité sous une canopée. Apparus à Modène à la fin du XIe siècle, les protiri se diffusent dans la plaine du Pô jusqu’au milieu du XIIIe siècle dans les villes de la région qui choisissent cette structure décorative pour orner l’entrée de leurs édifices de culte les plus importants.
L’enquête se concentre sur la cité médiévale de Vérone, analysée comme un échantillon de ce phénomène plus ample marqué sur une séquence chronologique importante pour la région : l’essor des idées de la Réforme grégorienne et le début de l’ « âge communal » dans lequel entrent de nombreuses cités locales. Deux portails sont étudiés dans leur singularité et leur complémentarité : celui de la basilique San Zeno, tombeau du saint évêque protecteur et quasi-fondateur de la cité chrétienne de Vérone, et celui du duomo, la maison de l’évêque, d’une importance religieuse et politique en cours de consolidation durant le premier tiers du XIIe siècle Ces deux portails sont l’œuvre d’un même sculpteur, ils sont élevés simultanément entre 1138 et 1139 et adaptent la structure-protiro à l’histoire et aux besoins nouveaux de la cité. Partant de ces remarques, la recherche consolide l’idée que les deux édifices sont à envisager comme les composantes d’une même campagne édilitaire dans la ville, et le fruit d’une volonté de marquer la topographie de la cité, d’organiser son tissu urbain et de mettre en scène son histoire en monumentalisant des lieux de mémoire déterminants pour l’élaboration d’une identité civique.
Ce travail d’Histoire de l’art orienté vers l’iconographie des arts monumentaux, vise à considérer ces structures décoratives comme des phénomènes purement visuels qui témoignent d’une organisation sociale au sens où elles participent à l’ordonnancement de l’espace communautaire. Sur la chronologie concernée, l’espace urbain est en voie d’émiettement entre congrégations religieuses et corporations laïques, dont les intérêts divergent. Dans ce contexte, l’érection des deux monuments participe à recréer un axe structurant, à la fois mémoriel, rituel, symbolique et politique dans l’espace public en monumentalisant deux lieux particulièrement denses de la ville.
L’analyse iconographique de ces portails, à la fois façades, seuils et portes, mais aussi édifices autonomes, destinés tout autant à singulariser chacun des deux monuments qu’à les faire interagir, demande un angle d’approche particulier. Il convient, d’une part, de se désolidariser d’une étude monographique (par monument) pour porter l’analyse à la cité elle-même et, d’autre part, d’opérer une analyse iconographique ample qui prend en compte le formalisme architectural, l’agencement de thèmes iconographiques, la structure ornementale, l’épigraphie et la spatialisation de l’ensemble de la décoration. Tous ces principes constituent une culture visuelle qui propose une image de la cité. L’objectif du projet est ainsi de considérer l’étude des arts visuels comme une source pour la compréhension de l’organisation du tissu urbain de la cité médiévale mais aussi comme un témoignage de l’élaboration, sur la période, d’une identité civique, à savoir une entité abstraite, duale, capable de fédérer les divers organes sociaux en tension. Le visuel, croisé à de nombreuses autres sources (liturgiques, littéraires, hagiographiques, historiographiques, épigraphiques, archéologiques) permet de cerner cette identité et donc d’apporter de nouveaux résultats à la compréhension de la « Religion civique » qui semble émerger sur le terrain urbain italien de cette époque.

Biographie

Après une formation en Histoire de l’art à l’Université Pierre-Mendès-France de Grenoble, Mathieu Beaud a intégré l’UMR ArteHis de l’Université de Bourgogne pour commencer sa thèse de doctorat intitulée Iconographie et art monumental dans l’espace féodal du Xe au XIIe siècle : Le thème des Rois mages et sa diffusion (soutenue en 2012), sous la direction du Professeur Daniel Russo. Sa recherche doctorale a bénéficié de bourses de recherche de l’École française de Rome et à la Casa de Velázquez de Madrid. D’abord chercheur associé à l’UMR ArteHis, il a enseigné l’Histoire médiévale à l’Université de Versailles, Saint-Quentin-Yvelines et l’Histoire de l’art médiéval à l’Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Chercheur en résidence l’École biblique et archéologique française de Jérusalem (2016-2017), il est aujourd’hui chargé d’étude et de recherche à l’Institut national d’Histoire de l’art de Paris (INHA) et correspondant scientifique du Centre de Recherche historique (CRH) de l’École des Hautes Études en Sciences sociales (EHESS).

2018-05-06T23:01:46+00:00